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Les moines danseurs de Shéchen à Bruxelles - mars 2003
Evénements - 2003
moines_shechen_03.jpgSans peur, sans arrière-pensée et sans effort, on laissera jaillir de l’espace de l’esprit des gestes divins et des mouvements de danses inconnus, des chants jamais entendus.
Tantra de la Roue du Temps
 
Des moines qui dansent ! N’est-ce pas surprenant ?La danse est souvent perçue en Occident comme l’expression d’une xubérance profane et d’un jeu séducteur très éloignés des préoccupations contemplatives ou monastiques. Les danses sacrées sont d’une tout autre nature. Elles expriment certes une joie intérieure, mais c’est parce qu’elles apaisent les émotions au lieu de les exacerber. Pour le moine, la danse est à la fois une méditation et un don spirituel aux pectateurs.

Il partage ainsi une expérience acquise au cours de longues cérémonies contemplatives et l’exprime au moyen de gestes symboliques et de musique sacrée.

Ce type de danse, dit-on, « libère » par la vue. Tout comme la musique sacrée libère par l’ouïe, la bénédiction d’un maître spirituel libère par le toucher, les substances sacrées libèrent par le goût et la méditation libère par la pensée. « Libérer », dans ce contexte, veut dire émanciper du joug des poisons mentaux – la haine, la convoitise, l’ignorance, l’orgueil et la jalousie – qui ruinent la paix intérieure. C’est ainsi que sont comprises les danses sacrées du bouddhisme qui, nées en Inde, s’épanouirent au Tibet et sont aujourd’hui préservées en terre d’exil au Népal, en Inde et au Bouthan.

C’est dans ce même esprit de partage qu’elles sont présentées en Occident par les moines de Shéchen.

L’origine des danses sacrées tibétaines remonte à ’époque où le grand maître Gourou Padmasambhava implanta le bouddhisme au Pays des Neiges, au IXème siècle. Au fil du temps, cette pratique fut enrichie et vivifiée par l’apport de visions de grands maîtres. Dans le contexte de l’art sacré, le renouveau n’est pas le fruit de trouvailles personnelles, mais d’une réalisation spirituelle profonde s’accompagnant d’une grande richesse visionnaire. Le rôle des disciples est de transmettre le contenu de ces danses le plus fidèlement possible, de génération en génération.

A la suite de l’invasion du Tibet par la Chine en 1959, plus de six mille monastères furent rasés et un million de Tibétains – un habitant sur six – périrent. Les bibliothèques furent brûlées ou jetées dans les rivières, les statues brisées ou refondues pour faire des canons et des fusils. Le monastère de Shéchen n’échappa pas à ce triste sort.

En 1983, un festival annuel de danses sacrées fut reconstitué à Shéchen au Népal, puis au Tibet en 1985. Un aître de danse et un maître de chant purent venir du Tibet et passer plusieurs années à Kathmandou afin d’y rétablir la tradition musicale et chorégraphique qui faisait la réputation du monastère de Shéchen. Les danses sacrées du Tibet ne sont pas seulement l’expression d’un partage spirituel. Elles sont aussi le témoignage d’un peuple qui, après avoir subi un énocide humain, vit aujourd’hui un génocide culturel. En nous introduisant dans le monde sacré des moines, elles nous font découvrir une facette passionnante de la culture tibétaine, et nous montrent, comme le dit souvent le Dalaï-lama, que si le Tibet n’a pas de pétrole pour les voitures, il a du pétrole pour l’esprit ! Sa culture est encore vivante ; elle n’est pas seulement l’héritage de quelque six millions de Tibétains : elle fait partie intégrante du patrimoine mondial qu’il nous appartient de préserver.

Présentation par Matthieu RICARD
Après un doctorat en génétique cellulaire à l'Institut Pasteur, Matthieu Ricard s'installe en Inde et au Népal pour se consacrer au bouddhisme tibétain et, après plusieurs années d'études auprès de grands maîtres, devient moine.

Interprète personnel du Dalaï-Lama en français, il a notamment publié Le Moine et le Philosophe – un dialogue avec son père Jean-François Revel – L'Esprit du Tibet, Himalaya Bouddhiste et Moines Danseurs du Tibet, recueil de photos et textes sur les danses sacrées du Tibet.

Il a publié en 2000 L'infini dans la paume de la main, en compagnie de l'astrophysicien vietnamien Trinh Xuan Thuan. Il vit actuellement au monastère de Shéchen, au Népal.

Matthieu Ricard a introduit la soirée par un exposé sur l'origine et la symbolique des danses sacrées du Tibet.
Les moines-danseurs du Monastère de Shétchen ont réalisé, au cours de leur court séjour en Belgique, un rituel d'offrande de tsok au temple du centre Ogyen Kunzang Chöling. L'énergie spirituelle qui se dégageait de leur chants, de leurs gestes et de leurs silences à réjouit et inspiré tous ceux qui étaient présents.
 
 
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